Lutter contre l’apatridie : un entretien avec l’ICDH en Haïti, en première ligne des droits de l’homme

Alors que l’Alliance mondiale pour mettre fin à l’apatridie célèbre son deuxième anniversaire et atteint un réseau puissant de 200 membres, nous nous rappelons que des progrès concrets dans la lutte contre l’apatridie et sa prévention sont possibles grâce à notre action collective, en particulier en soutenant les plus vulnérables et ceux qui risquent d’être laissés pour compte.

L’apatridie demeure, par essence, l’une des violations les plus graves des droits humains. Dépourvue de nationalité, une personne est privée de reconnaissance juridique et de protections fondamentales, et sombre dans une vulnérabilité invisible qui affecte tous les aspects de sa vie quotidienne. Pourtant, comme le souligne cet anniversaire, l’apatridie n’est pas un obstacle insurmontable ; elle peut être surmontée grâce à une action coordonnée et multipartite, menée résolument à la base et au niveau national.

Pour explorer cette vision commune, l’alignement de nos efforts et de notre travail en cours, et ce que signifie réellement lutter pour le « droit d’avoir des droits », nous nous sommes entretenus brièvement avec M. Urbens Wilbert DIEUVEUIL, Directeur de Initiative Citoyenne pour les Droits de l'Homme, ICDH qui s'est fièrement présentée comme le 200e membre de l'Alliance mondiale.

Q : Du point de vue des droits humains universels, pourquoi le droit à une nationalité est-il considéré comme le fondement indispensable – le « droit d’avoir des droits » – de tous les autres droits humains ?

M. DIEUVEUIL: Le droit à une nationalité est un droit fondamental reconnu par le droit international. Ce droit garantit à chaque individu un lien juridique et politique avec un État qui lui offre protection, droits et devoirs.

L’article 15 de la Déclaration universelle des droits de l’homme garantit ce droit, stipulant que toute personne a droit à une nationalité et que nul ne peut en être arbitrairement privé. L'accès à des documents d'identité légaux, notamment l'acte de naissance, peut aider les individus à établir et à prouver leur nationalité, réduisant ainsi le risque d'apatridie et les difficultés d'accès aux droits et aux services.. 

Q : Si la nationalité est souvent décrite comme le « droit d’avoir des droits », quelles sont les conséquences humaines lorsqu’une personne n’a pas de nationalité reconnue ?

M. DIEUVEUIL: Cette expression provient directement de la philosophe Hannah Arendt, qui considérait l'acquisition de la nationalité comme la condition indispensable pour être reconnu et protégé par une communauté politique.

Une personne privée de nationalité est privée de plusieurs autres droits : le droit à l’éducation, l’accès aux services bancaires, etc. Le HCR travaille sur cette question depuis des années, à travers de nombreuses initiatives et projets, notamment… J'appartiens Campagne. Par exemple, de nombreux Haïtiens se rendent irrégulièrement en République dominicaine sans papiers d'identité. Ils ne sont protégés par l'État haïtien et ne reçoivent aucune aide du gouvernement dominicain, ce qui les expose à un risque d'apatridie et exige une intervention urgente. L'ICDH, en collaboration avec le HCR, œuvre sans relâche sur cette question.

Q : L’ICDH a officiellement rejoint l’Alliance mondiale en tant que 200e membre. Qu’est-ce qui a motivé l’ICDH à rejoindre cette coalition mondiale à ce moment précis ?

M. DIEUVEUIL: C’est une excellente nouvelle pour toute l’équipe de l’ICDH. Rejoindre une coalition mondiale nous permettra de mieux défendre cette cause et d’être plus efficaces dans nos programmes d’enregistrement des naissances en Haïti, menés depuis 16 ans avec le soutien technique et financier du HCR. C’est une nouvelle façon de travailler ensemble pour mettre un terme définitif à l’apatridie, non seulement en Haïti, mais partout dans le monde.

Q : Depuis 2010, l’ICDH travaille en étroite collaboration avec le HCR en Haïti sur des projets d’enregistrement des naissances. Comment ces initiatives locales d’état civil constituent-elles une première ligne de défense contre l’apatridie ?

M. DIEUVEUIL: Haïti a malheureusement subi de multiples catastrophes naturelles (comme le séisme de 2010 qui a fait plus de 350 000 morts) et des déplacements massifs de population dus à la violence des gangs armés. Ces crises entraînent la perte de documents d’identité, ce qui accroît encore les risques d’apatridie, notamment pour les personnes migrant vers la République dominicaine, les Caraïbes et l’Amérique latine.

À ce niveau, en collaboration avec le HCR, nous agissons à travers divers projets d'enregistrement des naissances en Haïti, tant dans la capitale que dans les zones rurales, afin de recenser les Haïtiens et de leur donner accès à des documents d'identité, constituant ainsi une défense essentielle contre l'apatridie.

Q : Alors que nous célébrons le deuxième anniversaire de l'Alliance mondiale, quelle est la vision de l'ICDH quant à la manière dont les organisations locales et les partenaires internationaux peuvent collaborer au cours des deux prochaines années pour éliminer la privation de nationalité ?

M. DIEUVEUIL: L’intégration de l’ICDH à l’Alliance mondiale est une excellente coïncidence, puisqu’elle coïncide avec le deuxième anniversaire de l’Alliance. Nous célébrerons cet événement par des actions de sensibilisation et des réunions de réflexion sur l’apatridie en Haïti, les risques qu’elle engendre et l’importance de l’enregistrement des naissances.

Actuellement, selon les estimations des autorités haïtiennes, environ 3 millions d'Haïtiens ne possèdent pas d'acte de naissance, soit près d'un tiers de la population privée de ce droit. Aider ces personnes à obtenir des papiers d'identité et des passeports fait partie de notre programme d'intervention en matière de protection.

Q : Quel est votre message direct aux gouvernements et aux organisations de la société civile qui n'ont pas encore rejoint l'Alliance mondiale ?

M. DIEUVEUIL: «Rejoignez l’Alliance mondiale. Les gouvernements et les organisations de la société civile qui n’ont pas encore posé leur candidature devraient adhérer, car la cause défendue par l’Alliance mondiale est la cause de tous.

Perspectives d'avenir

Alors que l’Alliance mondiale célèbre son deuxième anniversaire et que nous réfléchissons à l’avenir, des initiatives nationales comme celle de l’ICDH démontrent comment une action locale soutenue peut contribuer à lutter contre l’apatridie et à renforcer l’accès aux droits. En aidant les personnes à obtenir des documents d’identité et des actes de naissance, les organisations de première ligne participent aux efforts plus vastes de prévention et de réduction de l’apatridie, en accompagnant chaque personne et chaque communauté individuellement.

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