Des politiques aux populations : réduire les inégalités en matière d'apatridie en Thaïlande
Le parcours de la Thaïlande pour lutter contre l'apatridie a été façonné par des décennies de réformes politiques, de mobilisation communautaire et une prise de conscience nationale croissante du rôle fondamental de l'identité légale dans le respect de la dignité humaine, l'inclusion et le développement. Au fil des ans, la Thaïlande a pris des mesures importantes pour réduire l'apatridie et résoudre les problèmes persistants liés au statut irrégulier, notamment parmi les minorités ethniques, les communautés frontalières, les migrants de longue durée et les personnes dont la naissance ou les actes familiaux n'ont jamais été correctement enregistrés. Ces efforts témoignent d'un engagement national plus large visant à garantir que les personnes ayant des liens légitimes avec le pays ne soient plus exclues des systèmes formels de protection et d'opportunités.
Une étape historique en matière de politique
Une étape majeure a été franchie avec la résolution du Conseil des ministres du 29 octobre 2024, visant à simplifier et accélérer l'accès à la nationalité ou à un statut légal pour plus de 480 000 personnes. Cette résolution a marqué un tournant historique en promettant de réduire considérablement les délais de traitement, les demandeurs éligibles devant recevoir une décision en cinq jours seulement.
Cette politique a été largement perçue comme un pas en avant audacieux, non seulement en matière de réforme administrative, mais aussi parce qu'elle reconnaissait que l'identité légale est essentielle pour accéder à l'éducation, aux soins de santé, à un emploi légal, à la liberté de circulation et à la participation à la société.
S’appuyant sur ces progrès, le Conseil des ministres thaïlandais a approuvé, le 30 juin 2026, une proposition du Bureau du Conseil national de sécurité visant à prolonger la période de mise en œuvre jusqu’au 30 juin 2027. Cette décision marque une nouvelle étape importante dans les efforts déployés par le pays pour lutter contre l’apatridie de manière concrète et inclusive. Cette prolongation reconnaît également un enseignement essentiel de la dernière décennie : une politique transformatrice exige plus que de forts engagements et des échéances ambitieuses. Elle requiert des systèmes capables d’atteindre les personnes là où elles se trouvent.
Pour de nombreuses communautés touchées, le défi ne réside pas seulement dans leur admissibilité, mais aussi dans leur capacité à accéder à des informations fiables, à constituer le dossier nécessaire et à s'orienter sereinement dans les démarches administratives. Nombre de personnes apatrides et sans papiers vivent dans des zones frontalières reculées où il est difficile d'obtenir des informations précises et où la langue, l'éloignement et la méfiance demeurent des obstacles importants. D'autres sont confrontées à des difficultés pratiques telles que des documents manquants, des actes de naissance incomplets, des incohérences dans les registres familiaux ou une compréhension limitée des démarches à suivre pour obtenir un statut légal.
Ces obstacles montrent pourquoi la mise en œuvre doit être axée sur la communauté, accessible et soutenue par des acteurs de confiance capables de faciliter le dialogue entre les politiques publiques et les citoyens. Pour les familles qui vivent depuis des années, voire des générations, sans reconnaissance légale, s'engager dans les procédures officielles peut s'avérer incertain et intimidant.
C’est pourquoi cette prolongation d’un an est si importante. Elle offre une occasion opportune de résorber l’arriéré de demandes tout en touchant les personnes et les communautés qui n’ont pas encore intégré le système.
Une approche holistique
Pour faciliter le dialogue entre les communautés et les institutions gouvernementales, des organisations comme l'Agence adventiste de développement et de secours (ADRA), membre de l'Alliance mondiale pour mettre fin à l'apatridie, jouent un rôle essentiel pour que les politiques nationales se traduisent concrètement par des changements au niveau local. Grâce à son projet de réduction de l'apatridie et de sensibilisation communautaire, l'ADRA travaille directement avec les populations vulnérables et difficiles à atteindre afin de les informer, de faciliter leur accès aux services et de les accompagner dans leurs démarches administratives liées au statut légal et à la nationalité. Ce travail est d'autant plus important que nombre des personnes les plus touchées par l'apatridie sont confrontées à des obstacles que les politiques publiques ne peuvent lever à elles seules.
ADRA soutient les communautés en diffusant des informations claires sur les droits, les critères d'admissibilité, les documents requis et les différentes voies de recours. Ces efforts permettent aux individus et aux familles de mieux comprendre les opportunités offertes par les politiques gouvernementales et les démarches à suivre pour en bénéficier. ADRA joue également un rôle essentiel dans l'instauration d'un climat de confiance entre les communautés et les institutions officielles.
En collaborant avec les réseaux locaux, les leaders communautaires et les structures de confiance, ADRA contribue à créer des voies plus sûres et plus accessibles pour permettre aux citoyens de s'engager dans les procédures d'état civil et de statut légal.
Sur le plan pratique, ADRA aide les individus et les familles à accéder aux documents nécessaires et à les organiser, à s'orienter dans les procédures d'état civil et de statut légal, à entrer en contact avec les autorités locales et les services d'orientation, et à surmonter les barrières linguistiques et administratives. Au-delà de ce soutien individuel, ADRA contribue au renforcement des systèmes dans leur ensemble en sensibilisant les communautés, en facilitant l'engagement des parties prenantes et en encourageant la collaboration entre les communautés, les organisations de la société civile, les autorités locales et les agences gouvernementales. Ainsi, ADRA contribue à concrétiser les ambitions politiques nationales au regard du quotidien des populations vivant dans des villages reculés, des zones frontalières et des communautés défavorisées.
Progresser avec un objectif précis
La Thaïlande compte près de 600 000 personnes enregistrées comme apatrides, et beaucoup d'autres ne sont peut-être pas officiellement enregistrées. Cela fait de la Thaïlande l'un des pays abritant la plus importante population d'apatrides au monde. En décembre 2025, plus de 100 000 cas avaient été résolus, la grande majorité des personnes concernées ayant obtenu un permis de séjour permanent et plus de 12 000 ayant acquis la nationalité thaïlandaise, selon le HCR. Le nombre de cas résolus a continué d'augmenter depuis.
Les progrès accomplis par la Thaïlande en matière d'apatridie démontrent que l'inclusion et la bonne gouvernance peuvent progresser de concert. Le rôle continu du Département de l'administration provinciale (DOPA) dans le traitement des dossiers, l'amélioration des bases de données d'état civil et le renforcement des mesures de contrôle est essentiel pour garantir la crédibilité, l'efficacité et la sécurité du système. La prolongation d'un an offre une opportunité précieuse, mais les progrès dépendront de l'utilisation judicieuse du temps restant.
La régularisation du statut légal est souvent qualifiée, à juste titre, de priorité humanitaire. Elle constitue également une priorité de développement national. La reconnaissance légale permet aux personnes d'accéder plus facilement à l'éducation, aux soins de santé, à l'emploi, à la liberté de circulation et aux services publics. Elles peuvent ainsi contribuer pleinement à leur communauté et à l'économie nationale.
Les avantages dépassent le cadre des individus et des familles. Les communautés se stabilisent, le système du travail gagne en transparence, l'inclusion sociale s'améliore et la planification nationale devient plus précise. La reconnaissance légale transforme des vies, mais elle renforce aussi les systèmes qui soutiennent une société plus inclusive et plus sûre.
La Thaïlande a prolongé d'un an l'accès à la reconnaissance juridique. Il s'agit désormais de veiller à ce que cette opportunité parvienne à ceux qui en ont le plus besoin. ADRA est prête à soutenir cet effort en collaborant avec les communautés, les autorités et ses partenaires afin de promouvoir la reconnaissance juridique, la dignité et l'inclusion en Thaïlande et au-delà.
Auteur : Elvis Walemba, directeur de programme, ADRA Thaïlande
4 juin 2026
Réduire l'apatridie au Kazakhstan : efforts conjoints du gouvernement et de la société civile
Dans le cadre des efforts déployés pour réduire le nombre d'apatrides au Kazakhstan, le Bureau international kazakh pour les droits de l'homme et l'État de droit (KIBHR), en collaboration avec le ministère de l'Intérieur, a mené une campagne conjointe d'identification et de recensement des apatrides fin 2025. Au cours de cette campagne, des avocats, en partenariat avec les services de migration, ont recensé 380 apatrides. Parallèlement, 153 personnes ont bénéficié de l'aide des avocats du KIBHR pour confirmer ou acquérir la nationalité kazakhe.
En savoir plus21 avril 2026
Plaidoyer stratégique pour le droit à la nationalité dans le cadre de l'Examen périodique universel (EPU) du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies
Au Centre international de soutien aux droits et libertés (ICSRF), nous considérons le droit à la nationalité comme l'un des droits humains fondamentaux, au même titre que le droit à la vie. Fort de ce principe, et depuis son adhésion à l'Alliance mondiale pour mettre fin à l'apatridie, l'ICSRF s'efforce de garantir que les risques d'apatridie soient systématiquement pris en compte dans les mécanismes internationaux de protection des droits humains, notamment l'Examen périodique universel (EPU).
En savoir plus9 avril 2026
Les Églises ont la responsabilité d'agir contre l'apatridie
Les églises et les organisations confessionnelles ont une responsabilité morale et un rôle important à jouer dans la prévention et la réduction de l'apatridie. Forte de son autorité morale, de sa présence communautaire et de son engagement de longue date en faveur de la justice sociale, l'Église est bien placée pour soutenir des actions concrètes visant à protéger les personnes vulnérables et à garantir à chacun une nationalité.
Au Libéria, Church Aid, Inc., en collaboration avec ses partenaires, a démontré concrètement ce potentiel. Grâce à des initiatives communautaires de soutien à l'enregistrement des naissances, plus de 20 000 enfants ont pu obtenir un acte de naissance, réduisant ainsi leur risque d'apatridie et d'exclusion.
Pour de nombreuses Églises, l'engagement face à l'apatridie s'appuie sur les Écritures et la foi. La Bible nous rappelle de ne pas opprimer l'étranger, car nous savons nous-mêmes ce que signifie la vulnérabilité. Elle appelle les croyants à l'hospitalité envers les étrangers et à la défense de ceux qui ne peuvent se défendre. Face à la souffrance, l'Église a le devoir d'apporter du réconfort. Un christianisme qui ignore l'injustice et la souffrance ne reflète ni le caractère ni la mission du Christ.
Les apatrides ne font pas exception.
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